Pr Benyamina au Quotidien d'Oran : La numérisation des hôpitaux exige une transition modérée

2026-05-07

Dans un entretien avec « Le Quotidien d'Oran », le Professeur Amine Benyamina, directeur de l'AVE, lance l'alerte sur la vitesse de l'implémentation des plateformes numériques. Il plaide pour une approche prudente afin de garantir la sécurité des données et la fluidité des soins.

Le contexte numérique actuel

Le secteur de la santé en Algérie traverse une transformation majeure, accélérée par la volonté politique de moderniser les infrastructures hospitalières. Au cœur de cette mutation se trouve la plateforme numérique destinée à faciliter les transferts entre établissements de santé. Cette initiative, souvent perçue comme une solution miracle pour fluidifier la prise en charge des patients, suscite cependant des interrogations parmi les professionnels de santé.

Le Pr Amine Benyamina, figure tutélaire de l'Association des Vétérans de l'Enseignement Médical (AVE), a récemment déclaré que la hâte pourrait être la pire ennemie de ce projet. Il souligne que la technologie ne doit pas servir de prétexte pour ignorer les réalités du terrain. « Il faut aller doucement et modérément », résume-t-il. Cette citation résume l'approche qu'il défend face à une administration parfois impatiente de résultats visibles. - seonextportal

La situation se joue dans un contexte de tension entre l'ambition de réforme et les ressources limitées. Les hôpitaux publics, souvent surchargés, ne peuvent pas se permettre d'arrêter leurs activités pour installer un nouveau logiciel. Le Pr Benyamina rappelle que la numérisation doit être un outil au service du patient, et non une fin en soi. Les infrastructures existantes doivent d'abord être consolidées avant d'envisager une intégration totale des systèmes.

Des exemples concrets montrent déjà les effets pervers d'une digitalisation trop rapide. Certaines plateformes, lancées sans tests approfondis, ont causé des blocages administratifs qui ont retardé des soins urgents. Le directeur de l'AVE insiste sur la nécessité de garder une mainmise sur le contrôle qualité. « On ne peut pas dire que tout est prêt alors que le système bugue encore à l'essai », note-t-il avec une lucidité qui ne passe pas inaperçue.

Enfin, la question du financement de l'entretien avec « Le Quotidien d'Oran » a été abordée de manière indirecte. Le Pr Benyamina a insisté sur l'importance de la transparence dans l'utilisation des fonds affectés au numérique. L'argent doit servir à former le personnel et à maintenir les serveurs, et non à décorer des services. Cette exigence de rigueur est le signe d'une institution qui veut éviter l'écueil de la dérive bureaucratique.

L'alerte : vouloir aller doucement

La position du Pr Benyamina est claire : il faut éviter la précipitation dans le déploiement des outils numériques. Cette exigence de modération s'inscrit dans une vision plus large de la gestion des risques. Le Pr Benyamina explique que chaque étape doit être validée avant de passer à la suivante. « Si on fait des erreurs maintenant, on ne pourra pas les corriger plus tard », a-t-il lancé lors de cet entretien. Cette phrase illustre la prudence nécessaire face à des enjeux vitaux.

Le contexte historique de l'AVE joue un rôle dans cette sensibilité au risque. Les vétérans de l'enseignement médical ont vu passer des vagues de réformes qui ont parfois échoué par manque de préparation. Le Pr Benyamina souhaite éviter que l'AVE ne soit associé à un échec coûteux. « Nous ne sommes pas là pour faire la démonstration de notre compétence, mais pour sauver des vies », explique-t-il.

La pression politique pour une digitalisation rapide est un facteur externe que le Pr Benyamina tente de contrer. Il reconnaît que les dirigeants veulent des résultats immédiats, mais il rappelle que la santé est un domaine où la prudence est de mise. Des erreurs de codage ou de sécurité peuvent avoir des conséquences irréversibles sur la vie des malades.

Des exemples étrangers montrent aussi les dangers de la hâte. Dans certains pays, des systèmes de santé numérisés sans planification ont causé des pannes majeures lors des crises sanitaires. Le Pr Benyamina cite ces cas pour soutenir son argumentaire. « Il faut regarder ailleurs pour comprendre les pièges à éviter », suggère-t-il.

Enfin, le Pr Benyamina appelle à une collaboration étendue avec les acteurs externes. Il ne privilégie pas les solutions internes au détriment des partenaires. « Nous devons ouvrir le dialogue avec les experts technologiques et les associations », dit-il. Cette ouverture est essentielle pour garantir que la plateforme numérique réponde aux besoins réels des soignants.

La sécurité des données en jeu

La protection des données médicales est un deuxième point central soulevé par le Pr Benyamina. Dans un monde numérique, la sécurité des données sensibles est une préoccupation majeure. Le Pr Benyamina alerte sur les risques de piratage ou de fuite d'informations. « Les dossiers médicaux contiennent des secrets que la loi protège », rappelle-t-il.

La plateforme numérique doit intégrer des mesures de sécurité robustes dès sa conception. Le Pr Benyamina insiste sur la nécessité de crypter les transmissions de données entre les hôpitaux. Une faille de sécurité pourrait non seulement exposer les patients, mais aussi compromettre la confiance du public dans le système de santé.

Le Pr Benyamina souligne également que la sécurité ne se limite pas aux aspects techniques. Elle implique aussi la formation des utilisateurs à la cybersécurité. Un soignant malade ou négligent peut être la cause d'une violation de données. « Il faut former les médecins et les infirmiers à la bonne utilisation des outils », précise-t-il.

La question de la souveraineté des données est également abordée. Le Pr Benyamina s'interroge sur le stockage des données médicales. Doivent-elles être conservées en Algérie ou dans des serveurs étrangers ? Cette question touche à la confidentialité et à la législation locale.

Enfin, le Pr Benyamina appelle à une transparence sur les protocoles de sécurité. Les patients ont le droit de savoir comment leurs données sont protégées. « La confiance se construit sur la transparence », dit-il. Cette exigence éthique est essentielle pour garantir l'acceptation sociale du projet.

Les défis logistiques et techniques

La mise en œuvre de la plateforme numérique se heurte à des défis logistiques majeurs. Le Pr Benyamina décrit le paysage hospitalier algérien comme complexe et diversifié. Certains hôpitaux disposent de réseaux performants, tandis que d'autres peinent même à maintenir une connexion internet stable.

Le Pr Benyamina critique l'approche uniforme appliquée à tous les établissements. « On ne peut pas traiter un hôpital de la capitale comme un dispensaire rural », explique-t-il. Cette diversité nécessite une approche différenciée du déploiement technologique.

Les problèmes de maintenance sont aussi un frein important. Le Pr Benyamina note que les équipements numériques nécessitent un entretien régulier. Sans un support technique local disponible, les pannes peuvent s'accumuler et paralyser les transferts de patients.

La disponibilité des équipements informatiques est un autre point de friction. Le Pr Benyamina observe que certains services manquent de postes de travail modernes ou d'imprimantes compatibles avec le système. Cette carence matérielle limite l'efficacité de la digitalisation.

Enfin, le Pr Benyamina souligne l'importance d'une coordination inter-institutionnelle. Les différents ministères et agences doivent travailler ensemble pour harmoniser les standards techniques. « Sans coordination, nous ne construirons qu'un château de cartes », avertit-il.

La formation du personnel soignant

La formation des professionnels de santé est identifiée comme le défi le plus critique. Le Pr Benyamina observe que de nombreux médecins et infirmiers n'ont pas été formés à l'utilisation des nouveaux outils numériques. « Un logiciel complexe n'est utile que si l'utilisateur sait l'utiliser », dit-il.

Le Pr Benyamina propose un plan de formation continu et obligatoire. Il suggère que chaque soignant doive passer des certifications avant d'accéder aux fonctions avancées de la plateforme numérique. Cette exigence vise à garantir un niveau de compétence minimum.

La résistance au changement est aussi un obstacle à prendre en compte. Le Pr Benyamina note que certains soignants préfèrent leurs méthodes traditionnelles aux outils numériques. « Il faut aller au-devant de cette résistance plutôt que de l'imposer », conseille-t-il.

Le Pr Benyamina suggère également une approche pédagogique adaptée. Les formations doivent être pratiques et centrées sur les besoins réels des soignants. Des ateliers de démonstration et des sessions de questions-réponses sont préconisés.

Enfin, le Pr Benyamina insiste sur le rôle des leaders locaux dans la promotion de la numérisation. Les chefs de service doivent encourager l'usage des outils numériques pour les intégrer à la culture hospitalière.

L'opération VE : un exemple concret

L'opération VE est citée par le Pr Benyamina comme un exemple concret de l'application de ces principes. Cette opération, visant à transférer des patients vers d'autres centres de soins, a rencontré des difficultés logistiques. Le Pr Benyamina en tire des enseignements pour le futur.

Il note que la communication entre les équipes médicales a été difficile lors de cette opération. Des retards dans la transmission des dossiers médicaux ont perturbé la prise en charge des patients. Ces retards sont attribuables à une coordination insuffisante.

Le Pr Benyamina recommande une simulation pré-opératoire pour tester les procédures. Il suggère que les équipes impliquées dans l'opération VE aient bénéficié d'un entraînement préalable plus intense.

Il appelle également à une réévaluation des critères de transfert. Certains patients ont été déplacés sans que les conditions d'accueil ne soient garanties. Le Pr Benyamina soutient que la plateforme numérique doit inclure un module de vérification des capacités d'accueil.

Enfin, le Pr Benyamina propose une analyse post-opératoire détaillée. Il suggère que les données collectées pendant l'opération VE soient utilisées pour améliorer les futures opérations de transfert.

L'avenir du système de santé

Le Pr Benyamina conclut son entretien en évoquant l'avenir du système de santé algérien. Il plaide pour une vision à long terme qui intègre la numérisation dans une stratégie de modernisation globale.

Il souligne l'importance de l'investissement dans la recherche médicale. La digitalisation doit s'accompagner d'une amélioration des compétences scientifiques. « Un hôpital numérisé sans recherche est un hôpital vide », dit-il.

Le Pr Benyamina propose également une collaboration accrue avec les universités. Il suggère que les futurs médecins soient formés à la gestion des données de santé dès leurs études.

Il appelle à une réforme des pratiques hospitalières. Le Pr Benyamina note que certaines procédures administratives lourdes entravent la rapidité des soins. La digitalisation doit permettre de simplifier ces processus.

Enfin, le Pr Benyamina exprime son optimisme conditionné. Il croit en la possibilité de réussir la numérisation, mais à condition que la modération et le pragmatisme guident les décisions.

Questions Fréquemment Posées

Pourquoi le Pr Benyamina insiste-t-il sur la modération dans la numérisation ?

Le Pr Amine Benyamina insiste sur la modération car la précipitation dans le déploiement des outils numériques dans le système de santé peut entraîner des erreurs critiques. Dans un secteur où la vie des patients est en jeu, il est impératif de tester rigoureusement les systèmes avant leur déploiement à grande échelle. Une approche trop rapide risque de générer des dysfonctionnements qui pourraient paralyser les services hospitaliers ou compromettre la confidentialité des données médicales. La modération permet d'assurer la stabilité et la sécurité des infrastructures déjà fragiles.

Quels sont les risques principaux identifiés pour la plateforme numérique ?

Les risques principaux identifiés par le Pr Benyamina concernent la sécurité des données et la fiabilité technique. Il y a un risque élevé de violation de la confidentialité des dossiers patients si les protocoles de cybersécurité ne sont pas strictement appliqués. De plus, des pannes techniques ou des bugs de logiciel pourraient retarder des transferts urgents de patients. La gestion des infrastructures réseau, souvent défaillantes dans certaines zones, représente également un défi logistique majeur pour le bon fonctionnement de la plateforme.

Comment la formation du personnel est-elle envisagée ?

Le Pr Benyamina propose une formation continue et obligatoire pour le personnel soignant. Il est crucial que médecins et infirmiers maîtrisent les outils numériques pour éviter des erreurs d'utilisation lors des transferts. La formation doit être pratique et adaptée aux réalités du terrain, en tenant compte du niveau de compétence initial des équipes. Sans cette formation adéquate, même le meilleur système numérique ne sera pas efficace pour améliorer la prise en charge des patients.

Quel est l'impact de l'opération VE sur le projet de numérisation ?

L'opération VE a servi de test pratique pour le projet de numérisation, révélant des lacunes dans la coordination inter-hôpitaux. Les retards observés lors de cette opération ont mis en évidence la nécessité d'une meilleure communication et d'une infrastructure plus robuste. Les enseignements tirés de cette expérience sont utilisés pour affiner les procédures futures et éviter les mêmes erreurs lors de la mise en place définitive de la plateforme numérique.

Quelles sont les prochaines étapes pour l'implémentation du projet ?

Les prochaines étapes exigent une validation rigoureuse des étapes actuelles avant toute extension. Le Pr Benyamina suggère de consolider les systèmes pilotes et de renforcer la sécurité des données. Il est également prévu de lancer des campagnes de formation ciblées pour les équipes médicales. Une évaluation régulière des performances de la plateforme permettra d'ajuster la stratégie de déploiement pour garantir une intégration réussie.

Houari Saaï est un journaliste spécialisé dans les sujets de santé publique et de politique médicale en Algérie. Il a écrit pendant plus de 15 ans sur la réforme du système de santé, couvrant plus de 40 conférences internationales et interviewant plus de 100 professionnels de santé. Son travail a été publié dans plusieurs médias nationaux et ses analyses sont régulièrement citées par des institutions gouvernementales.